12 octobre 2009

Prédominance du crétin


Le titre de mon billet d'aujourd'hui fait référence à celui, épatant, du pamphlet publié par le malicieux duo Fruttero et Lucentini dans les années soixante-dix. L'actualité paraît plus que jamais leur donner raison.
Le qualificatif ne s'applique pas naturellement à des personnes en particulier mais à un état d'esprit ambiant. Que de bavardages oiseux, que d'encre gaspillée, que de salive bavée en vain ces derniers temps...
A tout seigneur tout honneur, l'attribution du prix Nobel de la paix à Barack Obama. Le cher homme n'y peut rien mais quant au Comité, il achève de décrédibiliser son entreprise déjà très amoindrie. Après avoir récompensé Al Gore pour ses prédictions ronflantes sur le réchauffement climatique, ces pontifes calamistrés de la Bonne Action, décident de porter aux nues par anticipation un Chef d'Etat en début d'exercice avant qu'il n'ait rien fait d'autres que de beaux discours. Comme si la distribution des prix avait lieu dès la rentrée des classes sur les déclarations d'intention des élèves !
Avec le festival de Cannes qui s'est fait une spécialité d'honorer les navets du conformisme, le Nobel de la Paix est vraiment devenu le symbole même du crétinisme contemporain.
Le plus navrant est que le Président américain accepte ce boulet doré dont il n'a vraiment que faire en la circonstance. Il lui eut été si facile de décliner la récompense après moults remerciements et de proposer de redistribuer la manne financière au Peuple Américain qui a le mérite de l'avoir porté si audacieusement au poste qu'il occupe...
A côté de ce modèle, les autres évidemment font figure de nains.
Alain Juppé par exemple, qui se manifeste tout à coup à l'opinion dans une interview au vitriol destinée à dézinguer bruyamment les récentes initiatives de Nicolas Sarkozy. L'abolition de la taxe professionnelle par exemple, qu'il juge stupide
«C'est tout de même se foutre du monde» s'est-il écrié aux Journalistes de Sud-Ouest la semaine dernière. La réforme des Territoires, et notamment l'élection des conseillers territoriaux ensuite, (je ne savais même pas que cela existait...) dont l'objectif selon lui «quelque peu démagogique, est de diminuer le nombre d'élus ; ce qui fait toujours plaisir...».
Bref un beau petit pavé dans la mare. Sauf que deux jours après, il fait acte de contrition en s'excusant publiquement et en revenant sur la forme et le fond de la quasi totalité de ses déclarations guerrières : «Sur la forme, j'ai utilisé sans doute une phrase excessive et si elle a offensé le Président (de la République), je le regrette très sincèrement et je le lui ai d'ailleurs dit hier au téléphone». Sur le fond il se félicite désormais de ladite reforme des territoires qui « va dans la bonne direction et (qui) va permettre de rapprocher les départements et les régions », et ne juge pas si bête la suppression de la taxe professionnelle, du moment qu'elle est compensée...
Et dire que j'ai été censuré par le Figaro sans doute pour avoir qualifié l'ancien premier ministre de plus "bureaucrate des bureaucrates de droite » et dit de ses réformes, que même les Soviétiques n'auraient pas osé les faire (pourtant n'avait-il pas affirmé lui, qu'il avait eu l'audace de voter pour Alain Krivine en 1969...)
Le psychodrame Polanski-Mitterrand secoue le landerneau médiatique. Un vrai festival. Ce n'est pas tant sur l'origine de ce petit scandale qu'il y aurait à dire. Certes, l'arrestation d'un vieux cinéaste pour un délit commis il y a plus de trente ans, paraît quelque peu extravagante. Mais ni la justice suisse ni l'américaine ne mérite le torrent d'imprécations qui s'abat tout à coup sur elles. Le péquin moyen, fut-il ministre de la culture en France, ne peut prétendre connaître tous les tenants et les aboutissants de cette lamentable affaire. C'est devenu une manie de remettre en cause toute décision de justice et d'en débattre sur la foi de rumeurs sur la place publique, et c'est prodigieusement énervant.
Le plus détestable est l'hypocrisie de certaines arguties commises à cette occasion. La manière notamment d'user d'artifices sémantiques oiseux pour justifier certains agissements. M. Polanski a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec une jeune fille de 13 ans. On a beau dire qu'elle en faisait davantage, que le milieu d'Hollywood est spécial, qu'il ne l'a pas brutalisée, le fait est là : avoir des relations avec une enfant de 13 ans lorsqu'on en a 42 relève a priori du viol et de la pédophilie réunis. M. Polanski s'est soustrait à la justice qui aurait pu lui trouver des circonstances atténuantes. Il a pris ses risques. On a vu ce qu'a enduré de son côté Michael Jackson pour quelques prétendus attouchements dont il a été finalement blanchi. Peu de gens se sont émus du drame qu'il a du vivre suite à de fausses accusations.
Quant à M. Mitterrand, il a sans doute oublié qu'il représentait l'Etat français. Il était très mal placé pour s'élever contre la procédure judiciaire qui touche aujourd'hui Roman Polanski. Au surplus son bouquin, ressorti cruellement pour la circonstance, aggrave effectivement les choses. Le titre à lui seul « La Mauvaise Vie » distille un parfum de canaille. Quant aux faits qui y sont décrits, chacun les jugera à l'aune de sa propre morale, il paraît néanmoins un peu jésuite lorsqu'on en a fait un étalage aussi complaisant, de se prétendre farouchement opposé au tourisme sexuel, tout comme il est un peu culotté de suggérer pour sa défense, que les prostitué(e)s sont par hypothèse forcément consentant(e)s, notamment en Thaïlande...
En matière de justice, le grand déballage qu'est devenu depuis plusieurs mois l'affaire Clearstream, n'est pas moins ridicule. Confusion, rumeurs, accusations précipitées, renversement des rôles, tout cela est méprisable. D'autant que l'affaire risque fort de se terminer comme souvent en eau de boudin...
Enfin le nouveau M. Prudhomme de l'Ecologie, à savoir Nicolas Hulot y va lui aussi de son petit film. Après les superproductions d'Al Gore et de Yann Arthus Bertrand ça sent un peu le réchauffé (si l'on peut dire). Il est vraiment dommage que cet amoureux de la nature qui sait faire de si belles images se discrédite en montrant de manière aussi solennelle, qu'il est assez sot pour prendre ses désirs d'enfant pour des réalités. C'est toujours une épreuve que de voir de gentils niais se transformer progressivement en sévères doctrinaires à mesure qu'on augmente l'attention qu'on porte à leurs enfantillages. Ils s'enhardissent, se prennent au sérieux, transforment leur doux délire en théorie et finissent pas y croire si fort qu'ils voudraient y soumettre l'univers entier. Les idéologies commencent hélas souvent comme ça. Au début il s'agit de belles idées, puis elles s'accompagnent d'exhortations à un monde meilleur, lesquelles prennent une tournure de plus en plus radicale. Au bout du compte tout cela envahit le champ du politique et débouche sur des contraintes, des taxes, des impôts, des lois, et après ?
Juste un mot pour finir sur Valery Giscard d'Estaing et son inénarrable nouveau roman « La Princesse et le président ». Le sujet est certes plus léger, mais tout de même, un ancien Président de la République ! A son âge ! Avec son bel habit d'Académicien ! Se commettre dans une littérature aussi imbibée d'eau de rose. Il y a des limites... Et pourquoi donc tout ce foin autour de ce gargouillis sénile ? On ne sait s'il faut prendre tout ça au premier degré, mais au second c'est encore plus difficile...

5 commentaires:

jonathan a dit…

Bravo pour ce billet, délicieusement sévère envers un certain nombre de crétins qui le valent bien et que je trouve de surcroît remarquablement écrit.

Pierre-Henri Thoreux a dit…

Merci pour votre appréciation trop élogieuse, mais qui me touche vraiment...

Anonyme a dit…

Quelle verve roborative vengeresse contre l'abêtissement grégaire,, la mode faussement culturelle des indignations sélectives. bravo, vous êtes en pleine forme !!
au risque de paraitre bien rétrograde ,dans tout ce que vous décrivez il est maintes choses " qui se se font pas "

Anonyme a dit…

"Le qualificatif ne s'applique pas naturellement à des personnes en particulier mais à un état d'esprit ambiant. Que de bavardages oiseux, que d'encre gaspillée, que de salive bavée en vain ces derniers temps..."

Ah mais heureusement que vous êtes là, Ô être d'essence supérieure, pour dire aux sots que nous sommes ce qu'il en retourne. Merci de cet éclairage... lumineux !

Pierre-Henri Thoreux a dit…

Puisque vous le dites...

Trève de plaisanterie, j'admets le caractère un peu superfétatoire de la forme. Mais ne trouvez-vous pas qu'il y a du vrai dans le constat ?