22 mai 2012

Viva la Libertad !


On savait que l'auteur de la Tante Julie et le scribouillard avait une conscience politique.
Un ouvrage* paru récemment en donne toute la substance, au travers d'articles, de discours et de diverses prises de positions, allant des années soixante, jusqu'à 2009.
Édifiant parcours que celui de Mario Vargas Llosa, écrivain « engagé », c'est à dire de gauche, qui au fil de ses voyages, de ses observations, change du tout au tout, et va jusqu'à se présenter aux élections présidentielles péruviennes en 1990 au nom du libéralisme !
C'est qu'aux belles et romantiques certitudes qui peuplaient sa jeunesse, a succédé une prise de conscience, fondée sur le réalisme: « J'ai appris à quel point la frontière entre le bien et le mal est mouvante, et quelle prudence il faut avoir pour juger des actions humaines et pour décider des solutions à apporter aux problèmes sociaux si l'on veut éviter que les remèdes soient pires que le mal (1983). »
C'est aussi le sentiment d'avoir été floué par l'insidieuse sournoiserie des théories « progressistes » ce qui va l'amener à affirmer entre autres que : «c'est démagogie et mensonge que de prétendre transférer les entreprises d'un groupe de banquiers à la nation...»

A la lumière de cette nouvelle objectivité, l'écrivain voit sous un jour différent tout le sous continent sud-américain, et analyse d'un autre œil les péripéties qui marquent son histoire contemporaine. Au fil des textes rassemblés dans cet ouvrage, Vargas Llosa évoque avec une amère lucidité ses nombreux désappointements, les échecs, les gâchis, dont il fait le constat désabusé, mais aussi quelques espérances qui se font jour de ci de là.
L'exemple le plus édifiant est celui de Cuba.
Jusqu'en 1967, le régime castriste avait encore quelques vertus à ses yeux. Il reprochait à l'époque par exemple aux opposants et aux dissidents de « signaler les déficiences de la révolution et de taire les innombrables et éclatantes réussites». Selon cette optique, il contrebalançait la disparition de la liberté de la presse par la généralisation de l'alphabétisation, la disparition des partis politiques par la réforme agraire qui avait livré la terre aux paysans, l'abolition de la propriété privée par le fait que tous les cubains étaient devenus propriétaires de leur maison...
Ce n'est qu'en 1971 que ses yeux se dessillent, lorsque Fidel Castro à l'occasion d'une demande d'éclaircissements au sujet du sort du poète dissident Herberto Padilla, fustige brutalement les écrivains latino-américains qui vivent en Europe, leur interdit d'entrer à Cuba et les traite même de canailles.

A partir de ce moment, il prend peu à peu conscience des dérives auxquelles se laissent aller nombre de gouvernements, et des mensonges et méfaits dont se rendent coupables dictateurs et idéologues révolutionnaires, à l'encontre de peuples crédules ou impuissants.
Il est horrifié de constater par exemple, qu'en plus six décennies les gouvernants du Mexique, de l'Argentine, du Brésil ont été incapables de sortir leur pays du sous développement malgré leurs gigantesques ressources naturelles.
Et il égrène la longue litanie des ratages, aboutissant un peu partout en Amérique latine à la paupérisation, et souvent à des violences meurtrières.
Au Pérou évidemment, où s'est déchaînée la barbarie marxiste du Sentier Lumineux qui en deux décennies, sous la férule fanatique d'Abimael Guzman, tortura, assassina ou fit disparaître plus de 69000 personnes, la plupart très humbles.
En Colombie, où durant plus de 40 ans, sévirent les FARC, avec la même sauvagerie.
Haiti, dont «il n'y a pas dans l'hémisphère occidental, et peut-être au monde, de cas plus tragique», à cause d'une succession « de dictatures sanglantes, de tyrans corrompus et cruels ».
Au Chili, où l'élection d'Allende fut une calamité, mais où il déplore également la dictature de Pinochet qui ne fut pas à ses yeux « le général qui sauva le Chili du communisme, bien qu'il ouvrit conte toute attente, une voie pour la récupération économique et la modernisation de son pays».

Tout cela devrait selon Vargas Llosa, « remplir de remords et de honte le monde occidental », ou au moins l'amener à juger un peu objectivement cette lamentable déconfiture.
Par un navrant paradoxe, c'est souvent l'inverse à quoi on assiste. Ce qui conduit l'auteur à flétrir « l'irresponsable frivolité d'un certain progressisme occidental », la « fascination romantique pour les révolutions violentes qui semblent appartenir au passé dans les nations acquises à la démocratie », ou encore, « la facilité avec laquelle un bouffon du tiers-monde, pour peu qu'il maîtrise les techniques de la publicité, et les stéréotypes politiques à la mode, peut rivaliser dans la séduction des masses avec Madonna et les Spice Girls. »
Un exemple édifiant de cette sinistre comédie est celui de Raphael Guillen Vicente, obscur universitaire, auto-promu Sous-Commandant Marcos, qui se rendit responsable d'une abominable épuration paysanne au Chiapas, et en lequel Régis Debray a vu « le meilleur écrivain latino-américain de nos jours » ou que Alain Touraine – père de la nouvelle ministre de la santé – a qualifié de « démocrate en armes »... On peut évoquer également la personne de Daniel Ortega, chef charismatique des sandinistes au Nicaragua, dont Vargas-llosa décrit les vices et turpitudes, alors qu'il bénéficia d'une image de marque très surfaite au sein de l'intelligentsia gauchisante.
Et naturellement, les figures qui illustrèrent la révolution cubaine, pour lesquelles il y eut tant de complaisance, notamment en France. A ce sujet, Vargas-llosa est catégorique : « C'est une insulte à l'intelligence que de prétendre faire croire que la façon la plus efficace d'obtenir des concessions de Castro est l'apaisement, le dialogue et les démonstrations d'amitié avec sa tyrannie. »

Si Vargas-llosa rejette toute faiblesse vis à vis des dictatures, il n'en est pas moins conscient de la fragilité de la démocratie face au terrorisme, et en appelle à ne pas céder à la fatalité. Il constate en effet avec dépit, que ce dernier se déchaîne d'autant plus que le pouvoir s'ouvre à la démocratie : «pour la logique de la terreur, vivre en démocratie et en liberté est un mirage, un mensonge, une conspiration machiavélique des exploiteurs pour maintenir les exploités dans la résignation ». Plus pervers encore selon lui, « ce qu'un homme convaincu d'agir au nom des victimes désire en déposant des bombes, c'est que les pouvoirs publics se déchaînent contre ces victimes dans leur quête de coupables, les agressent et les violentent. »
Vargas-llosa exhorte donc à ne pas se laisser illusionner par les discours malfaisants de ceux qui appellent à l'insurrection, selon lesquels les élections, la presse libre, le droit à la critique, les syndicats représentatifs ne sont que « pièges et simulacres destinés à déguiser la violence structurelle de la société, à aveugler les victimes de la bourgeoisie... » Tout ça n'est que tromperie, aboutissant lorsque par malheur ce genre de charlatan arrive au pouvoir, à la suppression des libertés. On se rappelle la manière expéditive avec laquelle Castro, triomphant, supprima tout retour en arrière : « A quoi bon des élections, puisque le peuple a tranché ? »

Parmi les dangers auxquels sont exposées les sociétés démocratiques, particulièrement si l'ouverture à la liberté est récente, figure le mythe du paradis socialiste sur terre. Celui-ci a la peau dure. En Amérique du Sud, profitant de la naïveté de populations peu éclairées, il s'est nourri souvent de l'idéal généreux véhiculé par la religion catholique, lequel a notamment donné naissance à la désastreuse théorie de la libération. Au Nicaragua, on a assisté à la collusion de l'église avec la rébellion, le clergé considérant ouvertement la révolution comme « une occasion propice pour réaliser l'option de l'église pour les pauvres » (lettre pastorale1979).
Lorsque de pareilles croyances trouvent un terreau favorable, il n'est quasi aucune limite à l'errance populaire, quasi aucune borne aux dérives idéologiques, et quasi aucune barrière à l'obscurantisme.

Vargas-Llosa ironise par exemple, sur la rébellion dite des « brise-kilos » qui à la fin du XIXé siècle au Brésil, refusaient le système métrique adopté par le gouvernement pour faciliter les échanges commerciaux avec le reste du monde. Entraînés par un prédicateur fanatique, les révoltés commirent de nombreuses destructions, des vols et même des meurtres.
Il évoque dans le même registre, le poète péruvien Augusto Lunel qui déclara dans son manifeste insurrectionnel: « Nous sommes contre toutes les lois, à commencer par la loi de la gravité »
Ces anecdotes pourraient prêter à sourire, si l'actualité ne leur donnait sans cesse de nouveaux prolongements. Ainsi les brise-kilos de nos jours sont pour Vargas-llosa ces milliers de jeunes latino-américains qui, mus par un noble idéal, sans doute, sont accourus manifester à Porto-Alegre, contre la globalisation, un système aussi irréversible à notre époque que le système métrique... A l'instar de ce dernier, la globalisation n'est ni bonne ni mauvaise. Elle relève du simple bon sens. Le bien ou le mal qu'elle apporte dépendent non d'elle-même mais de ce qu'en font les gouvernants.

Vargas-llosa se livre également à une sévère critique du nationalisme, souvent invoqué pour désigner des boucs émissaires, et au nom duquel on prétend protéger sa culture, son exception, son indépendance, mais qui enferme, isole et en définitive stérilise.
Le nationalisme, selon l'écrivain est la culture des incultes et il prospère tant que ceux-ci sont légions. A l'évidence il n'existe pas de cultures totalement indépendantes ou émancipées, ni rien qui y ressemble. Il existe des cultures pauvres et riches, archaïques et modernes, faibles et puissantes. « Dépendantes, elles le sont toutes.../... et aucune ne s'est forgée, développé et n'a mûri sans se nourrir des autres et sans à son tour, en alimenter d'autres... »
Condamner le nationalisme culturel, comme une atrophie pour la vie spirituelle d'un pays, ne signifie évidement pas dédaigner le moins du monde les traditions et modes de comportement nationaux ou régionaux, ni contester qu'ils servent, même de façon primordiale, des penseurs, artistes, techniciens et chercheurs du pays pour leur propre travail.
Vargas-llosa réclame dans le domaine de la culture, la même liberté et le même pluralisme que ceux qui doivent régner en politique et en économie dans une société démocratique.
Comme la globalisation, les moyens de communication de masse ne sont pas coupables de l'usage médiocre ou erroné qu'on en fait.

En définitive, Vargas-Llosa se pose par simple lucidité, au rang des défenseurs du libéralisme, et s'il reste malheureusement assez minoritaire parmi les grandes consciences d'Amérique du Sud, son propos n'en a pas moins de force. Car il repose sur l'expérience et le vécu, tandis que l'argumentation s'appuie sur la raison, et sa mesure, sa sagesse l'inscrivent dans la meilleure tradition humaniste.
Les perspectives sur lesquelles s'ouvre sa réflexion sont si larges qu'elles devraient trouver un écho favorable dans le cœur et l'esprit de tout homme libre.
On peut en retenir à titre de conclusion, trois pensées de portée universelle :
- »Les acquis de la démocratie sont fragiles et le passé récent apprend que la civilisation ne prémunit pas contre le retour de la barbarie, que « les humanités n'humanisent pas » (Steiner). Ceux qui institutionnalisèrent le sadisme au nom du National-Socialisme étaient des hommes éclairés par l'intelligence de Goethe et des esprits sensibles que la poésie de Rilke ou la musique de Wagner émouvaient jusqu'aux larmes. Ceux qui torturèrent, déportèrent, exécutèrent des millions d'êtres humains au nom du Socialisme Communiste, revendiquaient l'idéal de justice, d'émancipation, de liberté...
-Ce qui s'est produit avec le socialisme est, sans doute, une désillusion qui n'a pas d'équivalent dans l'histoire...
-C'est très grave lorsque la conscience de l'individu abdique devant une prétendue conscience supérieure collective » (1979)

* Manuel Vargas-Llosa : De sabres et d'utopies. Arcades. Gallimard. 2011

14 mai 2012

Liberté Intérieure


Tandis que le pays s'abandonne avec une délectation morbide aux délices trompeuses de Capoue, et aux saveurs délétères des satisfactions revanchardes, je m'en retourne à mon sillon jouxtant humblement le chemin de la liberté.
La liberté ! Cela semble hélas bien le cadet des soucis de ce peuple chancelant, gavé de l'illusion matérialiste, aveuglé par la fallacieuse nitescence du lupanar égalitaire. Ce peuple qui erre, sans autre foi, sans autre horizon que celui de la tutelle bienveillante de satrapes omnipotents.
 
Sur ce monde crépusculaire, les vapeurs ankylosantes du Big Government se répandent à la faveur de la vacuité spirituelle contemporaine, contaminant mortellement une jeunesse naïve.
Comme une fleur fragile, la liberté doucement se flétrit à force d'être négligée. Trop abondante, on n'y prête plus attention. Incapable d'en mesurer le prix, on en gaspille avec insouciance l'essence. Elle se meurt dans l'indifférence bien intentionnée des fêtes dérisoires qui font mine de la célébrer tout en l'asphyxiant !

En terminant un ouvrage consacré à Montaigne (1533-1592) par Stefan Zweig (1881-1942), ce sentiment au goût un peu amer en sort encore renforcé. L'auteur inscrit en effet le portrait du sage d'Aquitaine, dans cette problématique fondamentale : « Comment rester libre ? ».
Plus précisément, « Comment préserver l'incorruptible clarté de son esprit devant toutes les menaces et les dangers de la frénésie partisane, comment garder intacte l'humanité du coeur au milieu de la bestialité ? »
« Comment échapper aux exigences tyranniques que veulent m'imposer contre ma volonté l'Etat, l'Eglise ou la politique ? »
La philosophie que cette pensée sous-tend est à l'exact opposé des lubies holistiques propagées par nombre de démagogues : « Il [Montaigne] aurait souri à la pensée de vouloir transposer sur d'autres hommes, et plus encore sur les masses, quelque chose d'aussi personnel que la liberté intérieure, et il a détesté au plus profond de son âme, les réformateurs professionnels du monde, les théoriciens, les marchands d'idéologie. »
Car bien davantage qu'une notion collective, la liberté est un concept que chaque individu se doit de porter en lui. Car il n'y a aucun mérite à vivre dans un monde libre. C'est juste une chance, dont on mesure le prix souvent trop tard. La vraie force est de pouvoir rester, quelque soit le contexte, un homme libre, car «seul celui qui reste libre de tous et de tout accroît et préserve la liberté sur terre.»

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Il y avait plus qu'une analogie entre l'époque de Montaigne et celle où vivait Zweig. Dans un cas, la Renaissance avait apporté la culture, l'humanisme, une certaine prospérité, et tout cela basculait brutalement dans le fanatisme et la reviviscence d'affreuses guerres de religions. Le début du vingtième siècle avait quant à lui fait souffler sur le monde un vent de modernité, permettant tous les espoirs et une amélioration sans précédent de la qualité de vie. Et tous les rêves étaient en train de se transformer en cauchemars, alimentés par la survenue brutale de crises économiques et le retour d'effroyables idéologies menant à de meurtriers conflits.
Mais comment ne pas voir se prolonger jusqu'à nos jours cette sombre impression de gâchis ? Comment ne pas transposer à la mondialisation « libérale » actuelle, aux bienfaits qu'elle a répandus depuis quelques décennies, et aux convulsions qui la parcourent en ce moment, la description que fait Zweig du temps de Montaigne : « Le monde était soudainement devenu vaste, plein, riche.../... l'humanisme promettait une culture unifiée, cosmopolite.../... Les distances, les frontières entre les peuples disparaissaient, car l'imprimerie, que l'on venait d'inventer, donnait à chaque mot, à chaque pensée, la possibilité de s'élancer, de se répandre.... » « Et autre miracle, comme le monde spirituel, le monde terrestre s'élargissait à des dimensions insoupçonnées... »
« Les artères du commerce avaient des pulsations plus rapides, un flot de richesses se répandit sur la vieille Europe, créant le luxe, et le luxe créait à son tour des édifices, des tableaux, des statues, tout un monde embelli, spiritualisé.../... Un indicible espoir anima l'humanité déjà si souvent déçue et, de milliers d'âmes, jaillit le cri d'allégresse de Ulrich von Hutten : « Quelle joie que la vie ! »
Et comment ne pas être saisi d'effroi à l'idée que tout cela puisse disparaître dans le tourbillon des théories, des idéologies, de la même manière que dans le passé l'obscurantisme et l'a démagogie eurent raison du progrès, car «toujours, quand la vague monte trop haut et trop vite, elle n'en retombe que plus violemment, comme une cataracte.../...La réforme qui rêvait de donner à l'Europe un nouvel esprit chrétien, provoque la barbarie sans exemple des guerres de religion, l'imprimerie ne diffuse pas la culture, mais le Furor Theologicus, au lieu de l'humanisme, c'est l'intolérance qui triomphe... »
Montaigne, en dépit du style un peu sévère de ses écrits, n'a rien perdu de son actualité. Plus que jamais ses leçons devraient être méditées en ces temps troublés qui envahissent de plus en plus notre quotidien et qui voient pulluler les pseudo-prophètes et les vendeurs de solutions toutes faites.
Plus que jamais, à l'instar de Zweig, on peut voir en Montaigne « l'ancêtre, le protecteur et l'ami de chaque homme libre sur terre, le meilleur maître de cette science nouvelle et pourtant éternelle qui consiste à se préserver soi-même de tous et de tout. »
On peut se pénétrer de cette pensée profonde qui dit « qu'il n'est qu'une erreur et qu'un crime : vouloir enfermer la diversité du monde dans des doctrines et des systèmes. »
Et on peut s'inspirer de la modestie philosophique qu'il incarne, dans une lignée qui va de Socrate aux Pragmatiques, qui ne revendique « ni dogme, ni enseignement, ni loi, ni système, rien qu'un exemple : l'homme qui se cherche en tout et qui cherche tout en soi. »
D'où la fameuse maxime : Que sais-je ?
Stefan Zweig : Montaigne. Quadrige/PUF 2011

08 mai 2012

Appel à contre-courant


Derrière les commémorations consensuelles du 8 Mai, se noue un épisode climatérique de la vie de notre pays.
Ce n'est certes pas que le président de la république fraîchement élu manque de perspective ou d'ambition. Au contraire, elle paraissent si présomptueuses, ou bien d'une telle naïveté qu'elles sidèrent : «Le 6 mai doit être une grande date pour notre pays, un nouveau départ pour l'Europe, une nouvelle espérance pour le monde.» (Tulle 6/05/12).
Advienne que pourra ! L'avenir jugera...
Encore abasourdi par ce doux délire, c'est en parcourant le Wall Street Journal que je prends connaissance d'un appel signé par 21 économistes français, paru juste avant le scrutin présidentiel. Il n'y va pas par quatre chemins et a évidemment peu de chance d'inspirer la nouvelle politique française. Mais il y eut tant d'initiatives venant de l'autre bord, dont les médias se sont fait un tel écho, que je me permets modestement ici de lui donner le mien, infime, mais qui sait ? Les petits ruisseaux finissent parfois par donner de grandes rivières... Et l'esprit de liberté ne doit jamais se résigner à l'abandon.

« Le programme de François Hollande et de ses amis socialistes procède de motivations démagogiques, mais qui sont illusoires et destructrices : augmenter le SMIC au lieu de libérer les énergies, punir les riches au lieu d'inciter tout le monde à l'effort productif, dépenser pour stimuler la croissance (en fait pour acheter des clientèles) au lieu d'utiliser au mieux les ressources. Le socialisme n'a jamais réussi, sous sa forme extrême - le communisme - comme sous sa forme plus modérée – la social-démocratie. Il est en effet incontestable que la prospérité est étroitement corrélée au degré de liberté économique.
Comment peut-on encore, au XXIème siècle, après des décennies et des siècles de réflexion et d'expériences, croire à des recettes qui relèvent plus de la magie incantatoire que de la science ? Comment peut-on croire que l'Etat peut manipuler l'économie comme le ferait un conducteur de locomotive en poussant quelques manettes ? Comment peut-on imaginer qu'il suffirait de fabriquer ex nihilo des unités monétaires irréelles pour que les hommes se mettent à produire plus ? Comment croire qu'un État peut promouvoir la croissance par le seul fait qu'il dépense plus, sans se rendre compte qu'il prélève par l'impôt ou par l'emprunt les ressources nécessaires à ses gaspillages et à ses dépenses démagogiques?
La croissance ne se décrète pas, elle est le résultat non planifiable des décisions et des actes innombrables d'individus capables d'efforts et d'imagination. Mais pour cela il est indispensable de ne pas freiner leurs élans par des contraintes réglementaires paralysantes ou des impôts spoliateurs. C'est dire que la politique socialiste qu'un François Hollande ferait si, malheureusement, il accédait au pouvoir suprême, avec le soutien de ses alliés inévitables - communistes et écologistes - ne pourrait produire que la stagnation économique, un chômage et une pauvreté accrus, un endettement public insupportable.
Il est tragique qu'on puisse penser qu'on va améliorer le sort de certains en punissant et en spoliant les autres. Nous sommes tous solidaires dans une société humaine et il est dans l'intérêt de tous d'inciter chacun à donner le meilleur de lui-même. La France souffre depuis des décennies d'une faible croissance, d'un chômage élevé, mais aussi du manque d'espoir qui frappe en particulier les plus jeunes. Malheureusement, nous ne sommes pas sortis du socialisme, des étatistes de droite ayant succédé aux étatistes de gauche. Pour rendre l'espoir aux Français il n'y a qu'une solution : sortir du socialisme. Y rentrer plus profondément ne pourrait être qu'une funeste erreur… »
Les signataires s'engagent en tant qu'économistes professionnels et n'appartiennent à aucun parti politique
Florin Aftalion (ESSEC), Charles Arnoux (Univ. Aix-Marseille), Jacques Bichot (Univ.Lyon-3), Gérard Bramoullé (Univ. Aix-Marseille), Jean Pierre Centi (Univ. Aix-Marseille), Liliane Debroas (Univ. Aix-Marseille), André Foursans (ESSEC), Georges Gallais-Hamonno (Univ. Orléans), Jacques Garello (Univ. Aix-Marseille), Guido Hülsmann (Univ. Angers), Georges Lane (Univ. Paris-Dauphine), Jacques Lecaillon (Univ. Paris-2-Assas), Jean-Didier Lecaillon (Univ. Paris-2-Assas), Bertrand Lemennicier (Univ. Paris-2-Assas), Henri Lepage (Institut Turgot), Jean-Yves Naudet (Univ. Aix-Marseille), Patrice Poncet (ESSEC), Alain Redslob (Univ. Paris-2-Assas) Pascal Salin (Univ. Paris-Dauphine), Anne Tassy (Univ. Aix-Marseille), Alain Wolfelsperger (Science-Po Paris)

06 mai 2012

Hollande : 1, France : 0


Et bien ça y est !
Les distillateurs de haine ont gagné (d'une très courte tête). A leur instigation, les Français ont choisi de courir le risque du glissement vers l'abîme, plutôt que de réélire un homme que la propagande n'a cessé par pur principe, cinq années durant, et à tout propos, de présenter sous un jour odieux (qu'on me pardonne ce soir quelques outrances et un titre à la mesure de mon dépit; c'est peu de chose à côté de tout qui fut déversé ces derniers temps pour tenter de salir la réputation du chef de l’État sortant...)
Le « peuple de gauche », qui a démontré lors de cette campagne, qu'il incarnait plus que jamais l'intolérance, l'esprit de clan, et la morale étriquée de petit-bourgeois a donc réussi à rallier quelques crédules désorientés pour porter au pouvoir le bureaucrate, l'énarque, le politicard. Celui qui représente mieux que quiconque tout ce qu'on nous présente habituellement comme détestable, qui plus est, au service d'une idéologie autrefois mortifère, aujourd'hui simplement faisandée. Celui qui n'a aucune expérience en dehors des grenouillages de parti, celui-là même dont l'ancienne épouse affirmait qu'il n'avait jamais rien fait, et que ses « chers amis » qualifiaient de « problème », quand ils n'évoquaient pas à son sujet la mollesse d'un flan ou le charme microscopique d'une fraise des bois !
Aujourd'hui, tout ce petit monde, rassemblé aux basques du grand homme par la force des choses, se transforme en une nuée de courtisans zélés. Le discours a bien changé. Il est passé du quolibet à la flagornerie. Chacun y va de son compliment. La distribution des portefeuilles et des prébendes va commencer... Il faut voir accourir tous ces gens sans vergogne, comme un seul homme !

Mais, puisqu'il est difficile d'attribuer à François Hollande le talent de galvaniser les foules, puisqu'il ne déclenche guère l'enthousiasme, et pas vraiment d'espérance, force est de reconnaître que Nicolas Sarkozy doit sa défaite au moins autant à ses propres faiblesses qu'aux mérites de son adversaire.
Car pour le coup, il a vraiment déçu une bonne partie de ceux qui lui ont fait confiance. Passons sur ses erreurs de communication, qu'il lui eut pourtant été si facile d'éviter. Positionné au vu de ses propositions comme un libéral (au sens français du terme), il aura une fois encore trahi cette cause et cédé aux sirènes keynésiennes ou socialisantes. En pure perte. 
A une ou deux exceptions près, sa politique et restée enfermée dans les dogmes étatistes les plus classiques. Face à la crise, les résultats ne furent guère convaincants, même si le spectre de la faillite du pays a été temporairement repoussé.
Dans la même veine, sa stratégie audacieuse d'ouverture à la gauche se révéla un échec cuisant. Quel intérêt avait-il donc à tenter de rallier des gens qui n'ont eu de cesse de le haïr quoiqu'il dise et quoiqu'il fasse ? Non seulement ce fut inefficace, mais personne ne lui en sut gré, bien au contraire. Moralité : on ne traite pas avec la gauche. Sectaire elle est, sectaire elle reste.
Vis à vis du Front National et des problématiques qu'il soulève, la stratégie sarkozienne fut totalement incohérente. Lui ou ses proches ont souvent parlé comme Marine Le Pen, ont fait des œillades appuyées à ses électeurs, et dans le même temps, ont continué de traiter le FN lui-même comme un parti infréquentable. C'est peu dire que l'ouverture en ce sens n'a pas fonctionné non plus ! Tandis qu'au PS on se vautre dans les compromissions avec les enragés du drapeau rouge et les nostalgiques de 93, et qu'on ose appeler cela « désistement républicain », à droite on croit bon, par je ne sais quelle pudibonderie, de s'enfermer dans un stupide rejet d'un parti qui représente peu ou prou 15% des électeurs !

En définitive, au cours de son mandat, Nicolas Sarkozy n'aura fait qu'appliquer à la marge, ce qu'il avait annoncé. Suffisamment pour continuer d'être qualifié de laquais du Grand Capital, mais pas assez pour décrasser le pays de ses funestes lubies. Plus que jamais, une question taraude : A quoi bon mettre en avant des idées si ce n'est pas pour les mettre en pratique ? Curieux paradoxe en France, qui veut que les élus fassent si souvent le contraire de ce qu'on attend d'eux...
Faudra-t-il à l'instar de Tony Blair en Angleterre, que la vraie révolution libérale vienne de la gauche, puisqu'elle ne peut venir de là où on l'espère ? On risque d'attendre longtemps hélas, vu l'archaïsme du socialisme français, attaché qu'il est au boulet de l'Etat-Providence et toujours sous l'emprise de l'aliénation communiste.

Il y a au moins une chose qui porte à la consolation lorsqu'on est affligé par le résultat de cette élection : il n'y a plus guère de risque d'être déçu désormais ! Le petit père Hollande, au regard si soyeux sous ses paupières en capotes de fiacre, ne peut désillusionner que ses propres partisans. Soit par un sursaut de pragmatisme mitterrandien, il va les tromper en faisant l'inverse de ce qu'ils attendent, et il sera même jouissif pour ceux qui n'ont jamais cru à ses promesses, de le voir manger son chapeau dans les instances internationales, soit il appliquera comme prévu son calamiteux programme et c'en est fait de ce qu'il restait de prospérité et d'importance pour notre pays. Ce sera l'appauvrissement généralisé, la déchéance pour tous, la médiocrité à tous les étages. Le socialisme quoi...
Une chose est sûre, si le changement annoncé était évidemment un leurre, l'avenir c'est maintenant. Il n'y aura pas d'état de grâce...