25 juin 2017

Macron, Acte III

Et bien c’est fait. Les légions “En Marche”, aux pieds légers et aux mains immaculées ont investi l’Assemblée Nationale !
On pourrait à l’occasion de cette razzia à l’allure de révolution molle, évoquer l’adage qui veut qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Tout semble aller tellement de soi qu'on devient fataliste, voire indifférent. Dans la chaleur de ce mois de juin, on croirait voir une marée languide monter en douceur et sans effort sur une plage offerte. Aucun obstacle, aucune digue à ce flux prévisible, mais  sans nom, ni étendard. Il n’y eut pas de combat, et à peine plus de controverse.

C’est un constat battu et rebattu, les partis traditionnels sont en pleine débandade. Plus aucun n’est en mesure à ce jour de mobiliser les électeurs. A l'occasion de ces élections législatives, ces derniers sont d’ailleurs restés chez eux pour le plus grand nombre, où bien ils ont renoncé à exprimer leur vote.
Avec le passage à l’Elysée du lénifiant et inconsistant Hollande, et la direction peu inspirée du hiérarque empesé Cambadelis, les Socialistes, qui l’ont bien cherché, sont ratiboisés. Exit Benoit Hamon, le frondeur, piteux candidat à la présidentielle, qui ne parvient même pas à passer le premier tour de l’élection législative ! Exit cette nomenklatura de l’ancien régime, balayée sans ménagement.
Les Républicains, dont l’emprise a rétréci comme peau de chagrin, auraient pu avec leurs alliés de l’UDI incarner un semblant d’opposition aux troupes en carton de Macron. Mais quoique défaits, ils ne pensent qu’à se diviser, histoire d'émietter un peu plus leur force de frappe. C’est devenu une armée mexicaine pleine de généraux, mais qui erre sans direction, sans programme et sans conviction. Les uns jouent les rebelles, par principe; les autres se veulent "constructifs" par opportunisme...
Résultat, le pouvoir est livré sans partage pour cinq ans à des candides dont la feuille de route est quasi vierge. Ils débarquent au Palais Bourbon comme une masse d’élèves déboussolés lors d’une rentrée scolaire. A l’autre bout, on voit s’agiter l’histrion Mélenchon, entouré de cancres hilares, auto-proclamés Insoumis. Ils font leur entrée théâtrale, le poing levé et l’esprit de revanche dégouline de leurs bouches tordues par les rictus de haine.

Dans ce brouhaha informe, le Président de la République, en dépit de son aura, rate complètement ses débuts. La nouvelle génération morale avec laquelle il entendait construire son action, s’effondre d’entrée de jeu comme un château de cartes. Un mois après avoir été nommés, quatre ministres, et pas des moindres, se retrouvent au tapis, pour de sordides affaires d’enrichissement douteux, de détournement de financement public ou d’emplois fictifs. Et ce n'est peut-être pas fini !

La “loi de moralisation de la vie publique” que nous promettait l’ineffable François Bayrou est rebaptisée à la hâte. Elle est devenue “loi pour la confiance dans notre vie démocratique”, mais ce n’est pas lui de toute manière qui la portera. On peut évidemment se réjouir de voir partir si vite en capilotade cette comédie montée par le président du Modem. C’était si mal joué qu’on ne pouvait y croire un instant
 
Mais on peut aussi s’interroger sur l’avenir : cet échec prélude-t-il à d’autres désillusions ? Une politique de reconstruction peut-elle être bâtie comme Venise sur des fondements sans consistance ?
Il va bien falloir un jour que le Président de la République précise la nature de la politique qu'il entend mener. Est-elle d'inspiration libérale ? Ou plutôt sociale ? De gauche ? de droite ? ou du centre ? De tout un peu et de rien beaucoup ? Le pied sur le frein ou l'accélérateur ou les deux à la fois ?
On ne sort paraît-il de l’ambiguïté qu'à son détriment, mais les atermoiements tuent à petit feu... Le nouveau gouvernement est au pied du mur. Il va falloir qu’il entreprenne quelque chose, mais quoi ? Que peut-on faire avec un programme bourré d’oxymores, de flatulences bien intentionnées, et de vides pusillanimes ?
Derrière les hausses d’impôts qui se profilent déjà et les trains de demi-mesures qu’on entrevoit au détour des belles paroles, y a-t-il encore de la place pour l’ambition, le courage et la volonté ? ça reste à voir...

24 juin 2017

Halte vénitienne

De retour de Venise, avant toute chose, c’est le bruit de la circulation automobile qui vous ramène aux dures réalités… Le rêve est bien fini.

Le long des canaux charriant les eaux lourdes d’une Italie hors d’âge, on oublie vite les horribles nuisances de notre univers contemporain. Les turbulents remous des vaporetti qui sillonnent sans cesse à toute allure ces boulevards liquides, la rumeur sourde de la foule qui se presse un peu partout ne parviennent à troubler le charme vénérable et fantasque de cette ville qui ne ressemble à aucune autre.

On dit qu’elle s’enfonce inéluctablement dans la lagune, cette laque tragique qui semble déjà se nourrir des reflets des voûtes marmoréennes des palais antiques, de leurs façades aux couleurs de fruits rouges, de terre et de sang.
Qui sait si les travaux gigantesques entrepris ou prévus pourront préserver ce trésor suspendu entre ciel et mer des lents ravages du temps. Venise est de toute manière une sorte de mirage; l’expression même de la vanité humaine. Paul Morand écrivait, en se comparant en toute modestie à la Sérénissime, qu’elle “résume dans son espace contraint, ma durée sur terre, située elle aussi au milieu du vide, entre les eaux foetales et celles du Styx”...
Plus loin, évoquant le fait qu'elle fut édifiée en dépit du bon sens : “elle a pris le parti des poètes, elle a bâti sur l’eau” (Venises, Gallimard 1971).
Par un paradoxe étonnant, elle a duré plus que maintes citadelles; elle a même très peu changé au fil des siècles. Devenue un musée à ciel ouvert, la cité lacustre a sans doute perdu de son faste et de son lustre. N’empêche, la fascination qu’elle exerce reste forte tant ses pierres savent faire naître l’émotion d’un passé majestueux.

Il y a bien sûr l’incroyable profusion architecturale que ses hauts lieux vous jette aux yeux, où qu'ils regardent. Il y a cette basilique San Marco, ouvragée jusqu’à la folie, avec sa fabuleuse dentelle d’inspiration byzantine qui rappelle la puissance évanouie d’une religion, devenue l’ombre d’elle-même après avoir incarné le génie triomphant du christianisme. 
On compte paraît-il plus de 120 églises dans Venise, et leur style éclatant donne une idée de la puissance passée de la foi. Sur la façade de la basilique on trouve en hommage à l’apôtre évangéliste, les chevaux du fameux quadrige, que les Croisés ramenèrent de Constantinople. Volés par Bonaparte qui les plaça sur l’arc de triomphe du Carrousel, ils retrouvèrent en définitive la cité des doges lors de la déconfiture de l’Empire en 1815. Il y a également ce lion ailé, qui fut la représentation souveraine de l’apôtre avant de devenir celle de la ville.

Derrière toute la magnificence de ce spectacle éblouissant, aux pieds duquel grouillent les touristes, Venise recèle nombre d’endroits charmants qui en font un hâvre de paix et de méditation.
Il y a ces innombrables fondamenta courant le long des canaux qu’une multitude de ponts enjambent gracieusement.

Dès qu’on s’éloigne des endroits les plus fréquentés, on y trouve aisément le calme, juste troublé par le bourdonnement grave de quelque vaporetto et les apostrophes des gondoliers qui se croisent.
Ici ou là des lauriers roses font jaillir gaiement leurs efflorescences, des brassées de pétunias dégoulinent des balcons et des fenêtres, et des jasmins parfumés montent à l’assaut des murs ou bien forment des haies enivrantes comme celle qui borde le parc où siège la Biennale di Venezia...

Il y a cette belle allée maritime qui court vers la pointe de la Douane et fait face à l'île de Giudecca. On y voit l’élégante église du Redentore, qui fut construite à la fin du XVIè siècle pour célébrer la fin de l’épidémie de peste qui avait décimé près d’un tiers de la population. Sur la petite île éponyme, la basilique San Georgio Maggiore dessinée comme la précédente par le crayon céleste de Palladio, ferme la perspective avec la grâce du style Renaissance imprégné de classicisme antique qui constitue la marque de fabrique de cet architecte.

Ainsi, au fil des heures qui passent, le jour doucement décline et Venise s’assoupit dans une indicible et coruscante nostalgie. Il faut hélas s’arracher à cette cité unique en son genre, dont les richesses paraissent si fragiles, quand on pense aux millions de piliers de bois millénaires sur laquelle elle repose, enfoncés dans la lagune au prix de la sueur et des larmes. Est-elle le symbole d’une énergie indomptable, toujours en quête de nouveaux défis, ou bien celui d’un monde qui s’éteint dans les délices d’un matérialisme nihiliste ?
Profitons encore un peu de l’instant magique, immortalisé par Musset :

Dans Venise la rouge,
Pas un bateau qui bouge,
Pas un pêcheur dans l'eau,
Pas un falot.

Seul, assis à la Grève,
Le grand lion soulève,
Sur l'horizon serein,
Son pied d'airain.

Autour de lui, par groupes,
Navires et chaloupes,
Pareils à des hérons,
Couchés en rond,

Dorment sur l'eau qui fume,
Et croisent dans la brume,
En légers tourbillons,
Leurs pavillons...

10 juin 2017

The Ugly Duckling

Donald Trump est devenu le bouc émissaire de tout ce que notre pays et plus généralement l’Europe, voire le Monde, comptent de progressistes à la petite semaine. Ces gens sont prompts à s’enflammer en paroles pour défendre toutes les causes que Don Quichotte aurait sans doute fait siennes s’il avait été notre contemporain. Ils ont un coeur d’artichaut qui dégouline de bons sentiments et de belles intentions pourvu qu’elles n’impliquent pas leur petit confort personnel.

L’écologie est un de ces combats dans lequel ils expriment avec jubilation toute leur bravoure à deux balles, et qui leur permet de jeter des anathèmes aux contrevenants à l’idéologie consensuelle. Et nombre de Scientifiques, reproduisant hélas les vieux réflexes grégaires des anciens diafoirus, délaissent toute objectivité et humilité pour militer en masse au nom de principes.
Le bon vieux Socrate qui  avouait avec une tragique lucidité sa propre ignorance et le vénérable Kant, si attaché à la lumière de la raison et de l'esprit critique, doivent se retourner dans leurs tombes devant tant de forfanterie.


Quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse, Donald Trump fait l’objet de quolibets, d’insultes et d’un mépris tenace de la part de ces ligues de vertu. Hormis le charisme, la truculence et les outrances du personnage, on serait tenté de l’appeler le vilain petit canard…

Passons sur cette grotesque histoire de connivence avec la Russie, à laquelle s’accrochent avec opiniâtreté les médias et le patron déchu du FBI, pour tenter de discréditer le nouveau président et d'installer dans les esprits l’idée qu’une procédure d’impeachment serait imminente à son encontre.


Elle n’est pas grand chose en somme face à cette somme de bêtise et d’hypocrisie qui entoura l’épisode du retrait de Washington des accords de Paris sur le climat.

Il faut être bien niais pour imaginer que ce pacte conclu à plus de 190 pays, sous l'égide de l'ineffable Laurent Fabius, soit autre chose qu’un pis-aller en forme de voeux pieux, un ersatz édulcoré d’accord sur un sujet qui lui-même ne vaut pas tripette.


Sur le point d’être balayés par la colonisation romaine, nos ancêtres les Gaulois craignaient dit-on que le ciel leur tombe sur la tête. Les Byzantins se querellaient sur le sexe des anges tandis que les Turcs s'apprêtaient à faire main basse sur Constantinople.

De nos jours, les villes un peu partout sont quotidiennement ensanglantées par des barbares dopés à l’islamisme, le Proche Orient est à feu et à sang, le Socialisme continue d’opprimer des millions de gens, et nous nous interrogeons gravement sur les méfaits supposés d’un hypothétique réchauffement climatique, causé paraît-il par notre mode de vie destructeur de la nature, mais auquel nous ne voulons déroger en rien. C’est toujours la faute des autres, et ces nantis d’Américains ont bon dos pour qu’on tape dessus.


L'anti-américanisme bourgeois calamistré trouve là une magnifique occasion d’aiguiser sa rhétorique versatile.

Il est navrant de voir notre sémillant président Emmanuel Macron prendre une posture néo-gaullienne pour emboucher la trompette de cette piteuse campagne.

Il fallait l’entendre débiter d’un ton docte et solennel, ce petit chef d’oeuvre de cuistrerie, mêlant le dithyrambe à la “très grande nation américaine” et les croche-pieds à son homologue qu'il s'amuse à narguer de manière infantile.
A croire M. Macron, “L'heure est grave”, le combat météorologique est “un des grands défis de notre temps qui s'impose avec une grande évidence à tous”.

Dans l’ivresse guerrière, les contre-vérités, les clichés et les slogans fusent comme des obus. 
Selon "le Marcheur" en chef qui aligna les truismes comme s’il s’agissait de certitudes révélées, “le réchauffement climatique affame, dévaste certaines régions, chasse les habitants de leur patrie, et annonce si nous ne faisons rien, un monde de migrations, de guerres, de pénuries de disparition d'archipels et de villes côtières”.

Comme si le douloureux problème des migrants relevait du climat, comme si les aléas de ce dernier pouvaient occulter la négligence des pouvoirs publics dans la prévention des risques élémentaires liés à la construction d’habitations “les pieds dans l’eau”. Et comme si l’on pouvait faire abstraction de la responsabilité des épouvantables dictatures dans la survenue de disettes qui ravagent tant de pays sous-développés !


Jean-François Revel reste décidément très actuel qui déplorait dans son ouvrage la Connaissance Inutile, l’inanité des connaissances et des preuves accumulées, lorsque personne ne veut les voir et que tout le monde regarde le doigt du sage plutôt que l’astre qu’il désigne (ce qui ne signifie pas pour autant que M. Trump soit ce sage)...