09 février 2017

Fermeture pour intempéries

Le torrent de boue qui s'est abattu sur le champ de bataille politique m’amène à renoncer temporairement à commenter l'actualité dans ce domaine.

Le désolant spectacle dans lequel s’abîme la France donne la nausée, et je ne saurais quoi dire d’original sur ce désastre. Il n'y a d'ailleurs désormais plus de débat, plus de controverse, seulement des polémiques stériles, des ragots et des boniments. C'est indigne d'une démocratie ou bien cela révèle une maladie profonde...

A deux mois de l'élection présidentielle, on parle de tout sauf des vrais problèmes et personne ne semble vouloir prendre la mesure de la faillite générale dans laquelle le bateau ivre “France” s'enfonce inéluctablement. Quant à trouver des solutions pragmatiques, il faudra repasser, car en ces temps médiocres, tout n'est que bassesse et démagogie...

François Fillon paraît bien empêtré dans les remugles d'un passé troublé par quelques complaisances népotiques, qu'on lui jette brutalement à la figure. Sa campagne qui peinait à prendre du rythme s'en trouve indéniablement atteinte. Ses amis le soutiennent dit-on, mais on pense surtout à la corde qui soutient le pendu. Il n'y a guère de combativité et d'enthousiasme dans toutes les circonlocutions qui sont supposées défendre sa cause. On sent comme une sorte d’expectative. Tiendra-t-il ou pas ? Tout repose désormais sur une farouche détermination de sa part et de vraies convictions...

Il y a quelque temps, je présentais prudemment son brillant succès à la Primaire de la Droite et du Centre, en me demandant avec un brin de sarcasme, si vraiment une nouvelle dynamique était « en marche ». L'avenir le dira mais le moins qu'on puisse dire est que l’oiseau nouvellement paré qui prenait avec sérénité son envol, a du plomb dans l'aile...


Le fait est qu’Emmanuel Macron, profitant largement des circonstances, a de son côté décollé. Il gesticule, il harangue à tous vents et il égrène les bonnes paroles, les vœux pieux et les promesses contradictoires. Comment peut-on croire à la sincérité et à la volonté de rupture de cet énarque bon teint, né avec une cuiller en argent dans la bouche, qui fréquente les palais de la République depuis qu’il a la tête bien pleine à défaut d’être bien faite ? Son seul fait de gloire, en dehors de la haute fonction publique, fut d’avoir été trader chez Rothschild et d'avoir joué au Monopoly en achetant ou en fusionnant des entreprises pour le coquet salaire de 2,4 millions d'euros en 18 mois.

Puisqu’il dit tout et son contraire, peut-être qu’après tout, il serait en mesure d’incarner l'éclaircie libérale qui pourrait dérouiller notre pays. Cela ne manquerait assurément pas de sel…

C’est si peu probable que l'élire semble une pure folie, mais aux yeux de beaucoup, l'élection de Donald Trump en Amérique fut une pure folie. Alors qui sait ?


Marine Le Pen caracole en tête des sondages, mais le fameux plafond de verre est au dessus de sa tête. Il y a peu de chances qu’elle le brise, et d’ailleurs le veut-elle vraiment? C’est la question récurrente depuis que le Front national existe, tant son programme à l’emporte pièce paraît difficile à mettre en œuvre, et tant le parti est traversé de courants contradictoires. Un fait est sûr, à force d’exclure ce parti du débat, à force de le rejeter systématiquement comme maléfique, on a contribué à sa radicalisation et à son enkystement dans le corps électoral. La Gauche a soufflé pernicieusement sur le feu, et la Droite, sans doute la plus bête du monde, s’est laissée claquemurer dans cette logique suicidaire.
 

Il n’y a rien à dire des autres factions,et de leurs représentants paradant comme les généraux d’armées mexicaines. Tantôt donneurs de leçons à deux balles, tantôt histrions, ils ne méritent que l’indifférence...Bonne nouvelle, dans ce merdier général, le Parti Socialiste est à l’agonie. Il pourrait certes un jour renaître de ses cendres tels le Phénix, mais pour l’heure, c’est un champ de ruines et de désillusions.

 

Il faut dire que son microscopique lider maximo, M. Cambadelis, à l’image d’une bonne partie de ses condisciples, incarne la gauche la plus ringarde qui soit.
Il y a deux jours à peine, il se croyait autorisé sur la chaine de télevision LCP, à qualifier la Cour des Comptes d'assemblée “irresponsable”, considérant du haut de sa chaire lilliputienne qu'elle « s'évertuait à promouvoir des mesures dogmatiques, austéritaires et punitives déconnectées de la réalité et des besoins de notre pays ».

En matière de comptabilité, M Cambadelis s’y connaît. Est-il utile de rappeler qu’il fut reconnu coupable en 2006 dans l'affaire des emplois fictifs de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) ? Condamné à six mois de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende, il avait été rémunéré par la mutuelle proche du PS entre 1991 et 1995, à hauteur de quelque 620 500 francs au titre d'une activité fictive de conseil (Le Monde 08/09/12)
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Il faut dire aussi que la Cour des Comptes avait selon son habitude “épinglé” quelques dysfonctionnements des Pouvoirs Publics, notamment le fiasco de l’écotaxe dont elle chiffre le coût à 1 milliard d'euros, et le manque à gagner à 10 milliards d'euros.

Rejetant selon la bonne vieille habitude la faute sur les autres, M. Cambadelis incrimina M. Fillon, premier ministre en exercice lorsque la loi fut entérinée. Il oublie ce faisant, que ce génial dispositif fiscal avait été voté à la quasi-unanimité en 2009 dans la foulée du Grenelle de l'environnement, et que c'est bien le gouvernement socialiste qui s'est montré incapable de le mettre en application....


Les médias enfin, se complaisent dans cette fange immonde, faisant tourner sans relâche les moulins à “breaking news” bien faisandées. Il ne leur reste plus que cette folle chasse aux scoops pour exister. Et bien sûr, à l’instar des syndicats, ils vivent surtout des généreuses subventions de l’Etat, qu’ils encaissent sans vergogne et sans s’inquiéter de compromettre leur sacro-sainte indépendance. Pas moins de 400 millions d'euros/an portés jusqu’à 5 milliards entre 2009 et 2011, et un taux de TVA “préférentiel” de 2,1%, grâce à l’empressement de Nicolas Sarkozy aux prises avec la crise...


Fort heureusement, il y a d'autres moyens de chanter la liberté; il me reste donc tous les sujets sans rapport avec cette fantasmagorie ubuesque, tout en continuant à espérer des jours meilleurs….

06 février 2017

Les Herbes de l'éternité

La physique nous enseigne que le temps est comme une flèche. Celle-ci est condamnée à avancer. Rien ne saurait se soustraire à ce mouvement à sens unique, et personne ne sait où il mène...
L’art et l’imagination semblent toutefois avoir parfois réussi à contrecarrer cette dynamique insensée. Le poète a bien tenté “du temps suspendre le vol”, mais c’est surtout au peintre que revient le pouvoir d’arrêter pour un temps, si l'on peut dire, le cours des choses.
En effet, si la toile est un mur où tous les oiseaux peuvent voler en liberté, leur course apparaît statique à l’observateur et le spectacle d’un tableau s’apparente à un voyage immobile tandis que la pensée défile...

L’art oriental a particulièrement bien transcendé cet apparent antagonisme entre le mouvement et l’immuabilité, pour en tirer l’expression de la sérénité. Le bouddhisme Zen et le courant philosophique du Tao Te King n’y sont sans doute pas pour rien. Quoi de plus suggestif que ces minuscules et adorables jardins dans lesquels les graviers et galets polis sont arrangés à la manière d’ondes en suspens autour d’une végétation délicatement ouvragée ?

Par un heureux hasard, je suis tombé récemment en arrêt sur un livre* rassemblant des estampes du peintre Kamisaka Sekka (1866-1942).
Intitulé “Les Herbes de l'Éternité”, il s’inscrit à mon sens parfaitement dans cette réflexion portant sur les manières de représenter l'instant tout autant que la durée.
J’avoue que je ne connaissais pas cet artiste qu’on classe parmi les représentants tardifs de l’école rinpa, née au XVIIè siècle, et caractérisée par son interprétation très dépouillée de la nature.
Fleurs, oiseaux et sujets simples de la vie sont traités avec de subtiles couleurs et un dessin très épuré flottant parfois jusqu’à l’abstraction pure.
Un sentiment d’intemporalité règne dans les mises en scènes picturales proposées par Sekka, et une modernité étonnante se dégage de ses tableaux. Cadrage, perspectives, couleurs, tout se conjugue pour délivrer un message saisissant, à la fois doux et percutant. Les éminentes qualités décoratives n’excluent pas un lyrisme tout en retenue et humilité.

Avec le bleu irradiant de ses iris, Sekka établit un trait d’union entre les paravents d’Ogata Korin, datant du tout début du XVIIIè siècle, et les explosions florales de Van Gogh, et ce faisant, il jette un pont entre l’art d’Extrême Orient et celui de l’Occident.
Un régal poétique en somme, dont l’apparente simplicité, telle celle des meilleurs haïkus, n’empêche nullement l’élévation...
* Les Herbes de l'éternité. Kamisaka Sekka. Editions Philippe Picquier, Arles 2016

04 février 2017

Le Sale Air de la Peur

A croire les médias, les périls sont si nombreux au dessus de nos têtes qu’on ne sait plus bien dire quels pourraient être les pires et quels sont ceux qui nous menacent le plus directement.


La pollution, mère paraît-il du réchauffement climatique, pourrait entraîner une multiplication des catastrophes naturelles. Cela fait consensus : la pollution est devenue le danger numéro 1 aux yeux de la multitude craintive.
Les particules fines qui empestent l’atmosphère font l’unanimité contre elles et les automobiles tournant au diesel apparaissent comme les odieux coupables de ce nouveau fléau.

Après avoir encouragé ce mode de propulsion par toutes sortes d’incitations dont une très relative indulgence fiscale, après avoir édicté des normes drastiques obligeant les constructeurs à munir leurs véhicules de pots catalytiques, les Pouvoirs Publics voudraient désormais les chasser des villes et sans doute bientôt des campagnes.
Sus au gazole crie madame Hidalgo du haut de sa forteresse parisienne ! Il pollue, rend malade et même tuerait 48.000 personnes par an en France selon des sources autorisées !

Une voix discordante parfois s’insinue dans ce tintamarre à sens unique. Mais on ne l’entend guère, car lorsque la rhinocérite sévit, il est vain de tenter de ramener les foules à la raison.

Ce fut sans doute le cas d’un étonnant petit aparté en fin de journal télévisé d’une grande chaîne publique (France 2, le 24 janvier). Interrogé sur ces fameuses particules fines par le présentateur David Pujadas, un spécialiste du sujet, Nicolas Chateauneuf, fit état de quelques chiffres allant à l’encontre des idées reçues.

Non seulement la pollution ne serait pas si menaçante qu’on le prétend, mais force est de constater qu'objectivement la qualité de l'air s'améliore régulièrement en France. En effet, les taux de dioxyde de soufre, de dioxyde d'azote et de particules fines sont en baisse. Seule l'ozone en définitive est en hausse. Grâce à quelques graphiques, on put voir au surplus, que cette diminution ne date pas d’hier, mais qu’elle est régulière depuis un quart de siècle.


Autre surprise, l’automobile n’est pas le principal responsable de la production de particules toxiques dans les grandes villes puisqu’elle ne représente que 14% des émissions. Trente et un pour cent proviennent du chauffage, 21 de l’agriculture, et 26 de l’industrie !
Quant à la multiplication des alertes avec lesquelles on nous casse chaque jour un peu plus le peu de moral qui nous reste, elles sont dues tout simplement à l’exigence croissante des normes. En 2012, par exemple les seuils ont été abaissés d’un tiers !

Et ceux qui accusent toujours les autres, et notamment l’Allemagne de pousser via le vent mauvais ses miasmes morbides, en sont pour leurs frais. les cartes montrent clairement qu’il n’en est rien...


En cette époque étrange où tous les repères classiques s’effondrent, où l’on peut dire impunément tout et son contraire, il est amusant de reprendre chronologiquement les opinions de certains prédicateurs en écologie. James Lovelock par exemple, qui fut un temps augure de l’apocalypse, avant de renier en bloc tout ce constituait sa foi inébranlable.
En janvier 2006, il écrivait dans le journal britannique The Independent que vers la fin du XXIe siècle, par suite du réchauffement global, « des milliards d'entre nous vont mourir et les quelques couples reproducteurs qui survivront seront dans l'Arctique, où le climat restera tolérable. »

En mars 2010, dans une interview au journal The Guardian, il proposait quelques mesures préventives drastiques, assez hallucinantes, spécialement pour un Anglais. Il déclarait en effet que la démocratie devrait peut-être être suspendue pour prévenir le changement climatique : « Même les meilleures démocraties admettent qu'à l'approche d'une guerre importante, la démocratie doit être suspendue provisoirement. Il me semble que le changement climatique est peut-être une chose aussi grave que la guerre. Il pourrait être nécessaire de suspendre la démocratie pour un certain temps. »
Et pour finir, en septembre 2016, il déclarait au Guardian : « Je ne suis pas sûr que cette histoire de changement climatique ne soit pas entièrement une idiotie. Il suffit de regarder Singapour. Elle représente deux fois et demie le pire scénario possible pour le changement climatique, et c'est une des villes au monde où il est le plus désirable de vivre... »

"Vérité en deçà des pyrénées erreur au-delà" disait Pascal...